Histoire et devenir de l'affiche de cinéma

 

L’affiche de cinéma est apparue en même temps que l'industrie du Cinéma elle-même, c'est-à-dire à la fin du XIXe siècle. Ici la toute première affiche de cinéma pour le Cinématographe Lumière / l'Arroseur Arrosé (1896).

Pendant longtemps, l'affiche de cinéma a été le principal outil promotionnel d'un film. Les studios lui consacraient un budget conséquent, et faisaient appel aux artistes les plus talentueux pour distinguer un film de ses concurrents. Parmi les affichistes les plus célèbres, on peut citer Roger Soubie, Boris Grinsson, Jean Mascii, Saul Bass, Robert McGinnis et Drew Struzan (voir la Galerie des Affichistes de Cinéma). 

 

L’illustration est la technique artistique dominante jusqu'au début des années 90, avant d'être supplantée par la photographie.

La photographie fut introduite dans la conception des affiches à la fin des années 50. Elle présente l'avantage d'être moins chère que l'illustration. Malheureusement elle est aussi plus restrictive que l'illustration en terme de création originale, bien que beaucoup de photomontages soient également très beaux ! La preuve ci-dessous avec deux exemples d'affiches : la première est une affiche du Bon, la Brute et le Truand illustrée par Jean Mascii, la deuxième un photomontage pour le fllm Psychose (artiste inconnu).

 

Parallèlement à la montée du photomontage, les modes de production s'industrialisent peu à peu : à la sérigraphie succède la lithographie, et enfin l’offset dans les années 1950, technique d'impression aux couleurs moins riches mais aux tirages supérieurs.

 

Les supports promotionnels se multiplient : bande-annonce, radio, télé et internet, réduisant mécaniquement le budget dédié à l'affiche de cinéma.

 

L'affiche reste cependant un support essentiel pour la promotion du film. Aussi, pour concilier la baisse du budget avec la nécessité de réaliser une affiche attractive, certains annonceurs se voient parfois obligés de délaisser l’aspect artistique (plus long, plus couteux) pour se concentrer sur des techniques éprouvées de remplissage de salles, comme le gros plan sur l’acteur vedette, le regard perçant et la posture héroïque.

Dans l'affiche moderne, on voit aussi l'apparition d'une couleur de fond standard signalant le genre du film (blanc pour la comédie, noir pour le thriller…), avec depuis les années 2000, des distributeurs qui vont jusqu’à pré-tester l’impact des visuels sur un public représentatif. Conséquence de cette rationalisation intensive des techniques de création d'affiche : une tendance à la standardisation des visuels, comme le démontre très clairement ce montage de Christophe Courtois :

 

Il y a heureusement de nombreuses exceptions parmi les affiches récentes, comme les très belles affiches cinéma de Morse (2008), Enter the Void (2010), Inherent Vice (2015), Love and Mercy (2015). Et toujours d'excellents artistes affichistes en activité (Drew Struzan qui continue de travailler pour Star Wars, Laurent Lufroy, Jean-Claude Floc'h).

 

Aujourd'hui, une ultime menace pèse néanmoins sur l'affiche de cinéma traditionnelle, au format papier : la numérisation totale des supports promotionnels, dont le célèbre producteur-réalisateur George Lucas est l'un des plus fervents partisans. Selon lui, les films étant déjà tous numérisés, pourquoi n'en serait-il pas de même pour les documents du cinéma ? Nombre de dossiers de presse sont d'ailleurs déjà envoyés aux médias sur support numérique. Les affiches du futur ne seront vraisemblablement plus affichées, mais toutes projetées sur des écrans à l’entrée des cinémas, comme on l'observe déjà dans certaines grandes salles. 

 

Tout ceci explique la détermination des cinéphiles à préserver ce patrimoine historique unique que sont les affiches de cinéma, avec un nombre de collectionneurs d'affiches de films toujours plus important.

 

Nous espérons que cet article vous a été utile,

Amicalement,

L'équipe Mauvais Genres.